Le téléphone a sonné. L’heure était inhabituelle, ou était-ce le fin fond de la sonnerie en elle-même qui était porteur d’une gravité qui m’a fait regardé le téléphone comme un objet inconnu. Au bout du fil, la voix venait de Mars ou même de plus loin. Elle m’annonçait que mon ex était morte et c’est comme ci je n’entendais pas, car j’avais entendu cette nouvelle un nombre de fois incalculable. Le téléphone n’avait pas arrêté de sonner depuis notre séparation, même s’il était en fin de compte resté silencieux : elle n’avait plus rien à me dire. J’avais décroché. J’écoutais. Raide comme un piquet. Allo. J’avais perdu la notion du temps. Toutes mes pensées se mélangeaient. J’ai enfin reconnu mon interlocuteur : une de ces soeurs. Quoi, aie-je dis. Mais comment est-ce arrivé ? Elle sanglote, je lui donne des silences, je tente de rattraper le coup. Comment, répétais-je. Un accident de voiture, en Normandie. Pourquoi la Normandie, je me demande. Pourtant c’était une évidence. Elle n’était pas seule, n’est-ce pas ? Non, elle était avec l’Autre. Ils étaient en voiture. Elle conduisait. Elle les a projetés du haut d’une falaise, direct dans la mer 50 mètres plus bas.
Je pensais à notre fille. Comment lui annoncer ? Je demandais à la soeur de rappliquer avec ses autres soeurs pour que nous n’annoncions que à ce moment-là la terrible nouvelle. J’avais besoin d’elles.
Et là, j’ai compris qu’elle m’avait épargné en acceptant notre séparation. Elle m’avait aimé. Elle n’avait pas voulu me tuer. Elle avait préféré joué les amants maudits qui vivrons dans l’éternité de leur amour. Ah, elle et sa passion des drames hollywoodiens. Elle venait de jouer son dernier rôle.