C’est assez pénible de se réveiller avant que le réveil sonne, et d’avoir cette impression que le cauchemar recommence, que ce trop bref interlude dans la période triste que je traverse (je parle du sommeil bien sûr) ne suffit plus à me réparer. Seul, je m’endors et seul je me réveille, dans ce grand lit froid. Seul, j’écoute mes amis et ce que j’entend me parait lourd à porter, comme si cela m’écrasait…
J’ai pourtant pris ma journée… de vacances et je n’arrive pas à dormir plus que ça (6 à 7 heures), voulant dans une certaine mesure (l’expression qui revient) profiter de ma journée, au plus tôt, dans l’urgence, juste avant de mourir. Ce n’est pas que cette période plus sombre que les autres, je crois, qui me rend plus triste, c’est la perception du monde extérieur que j’ai après trois ans de solitude. Car un père célibataire est un père seul. Et cela gamberge, un père seul, qui est là, à table, invité par des amis qui lui apprennent le contenu de leur drame à eux, plus lourd que le mien en ce moment, en ce matin. D’ailleurs, j’habite un quartier qui porte le nom de la Glacière, proche d’un autre qui s’appelle Réveil Matin. Ne dis-je pas à ceux qui viennent nous voir pour la première fois ? Prenez la sortie N6 au Réveil matin.
Alors, je ne m’étonne pas de me réveiller plus tôt que je ne le désire, dans le froid, avec toutes les atrocités du monde qui se jètent sur mon esprit et m’assaillent. Les marchands sont là, dans le noir, et ricanent, chuchotent leurs plans pour s’accaparer chaque once de mon maigre salaire. J’ai peine aussi à laisser ma fille dans ce monde où elle ne rigole pas tout le temps… où elle a tant de mal à saisir son avenir comme un compagnon d’importance.
Sous la couette, l’espace chaud est étroit. C’est pour cela que je laisse l’ordinateur allumé la nuit, comme une lueur, comme un foyer. Je n’ai plus qu’à me décider à me lever pour aller taper ces quelques mots qui s’échappent toujours trop vite.
Ma mémoire me fait défaut. J’ai perdu des tas de date d’anniversaire. Déjà ? Ah si j’avais des bras pour me réchauffer, des oreilles à qui parler, une bouche à embrasser. Je serais moins pauvre. Pourtant, je n’arrête pas de me répéter que je m’accroche à la vie, que j’ai encore des ressources. Mon esprit virevolte. Comme d’habitude. Il a toujours été comme cela. A l’affût. J’ai si peur de faire trop de fautes, j’ai si peur de me retrouver à la rue et de mourir en sachant que ma fille n’a pas de quoi se nourrir. Mourir nourrir, les mots se répètent.
J’ai mis un peu de chauffage, enfiler un gilet… Après mon petit déjeuner, j’en suis déjà à ma deuxième cigarette. Je la hais autant que je la désire. Est-ce ma faute si je n’ai que peu de compagnons de route ? Tout ce qui m’entoure va disparaître, pour moi, et je me sens vivre dans l’urgence. Je me dois d’arrêter l’alcool, pour l’argent et pour ma santé. La clope, c’est pareil.
Dès hier soir, j’ai ressorti le wok, préparer les ingrédients du plat pour ce midi, un plat simple… et j’ai sorti il y a quelques minutes les autres ingrédients “frais” du frigidaire…
Mercredi, je lui demanderais (à Elle) si ça s’est bien passé quand Elle a vu sa mère dimanche.
Il faut dire que le monde est d’une inhumanité effrayante. Si je perd mon boulot, je devrais marchander auprès des autres employeurs mon salaire, plutôt que de mettre en avant mes compétences et ma dynamique. Presser comme des citrons. On aura vraiment assêcher l’intérieur et l’extérieur de nos mondes intérieurs. Gagner plus ? Pour donner plus d’argent pour fabriquer des armes ou recevoir des dictateurs dans de belles réceptions organisées dans de beaux châteaux ? Dépenser moins ? C’est vital, mais cela enlève du travail. Les boutiques sont tellement vides. Le pouvoir politique et ses excès tellement puants… Ce cheminement certain vers une immense majorité de prolétaires effrayés et une minorité devenu au fil des ans tellement plus riche… Et tout cela pour quel avenir ?
J’use mes fringues. Après je rachète. Pourtant, il a fallu, autour de mon anniversaire, de mes 50 ans, que j’achète plus de livres que je ne peux en lire… Une sorte d’urgence. Me débarasser de certaines “choses” dans la maison et acheter des livres. J’ai eu besoin de ça. Pourtant, j’ai du mal à m’y mettre. Faire, pourquoi faire. Je n’avais rien à laisser derrière moi, car j’ai brulé l’essentiel : mon esprit, mes rêves…
Allez, un réveil triste, ce n’est pas la fin du monde. Et puis il fait moins moche qu’hier et avant hier. Pourtant, à cause des bouchons, à cause de ce que cela coûte de se déplacer, j’ai bien peur de ne pas aller me promener aujourd’hui. Je vais poursuivre en mettant à jour le site d’une amie. Toujours quelque chose à faire. Ça, c’est Palace.