Ce jour-là, j’étais parti voir ma mère pour entre guillemets fêter l’anniversaire de la mort de mon père. J’y étais allé seul, ma fille étant chez une amie et sa mère (à l’amie), pas la mère de ma fille, car vous l’aurez compris, ma fille et sa mère ne se voient pas beaucoup.
C’était hier. Et c’est hier soir que Flora, après un long laïus de ma part, car je lui demandais où elle en était, que MA FILLE S’EST UN PEU PLUS livrée, libérée oralement de ses difficultés, et j’étais aux premières loges. Et ma fille disait des choses qu’elle n’avait jamais dites.
A 18 ans, dans ce monde d’images, la place laissée à l’action n’est pas forcément primordiale… L’image… Entre son envie de dessiner et la volonté d’en faire son métier, il y a l’action. Et ma fille aura au moins dit qu’elle avait privilégié, malgré tous mes conseils journaliers, parfois juste de petites choses à faire, l’utilisation superficielle et assidue de son ordinateur pour converser avec des fans de mangas, des dessins pour illustrer des blogs d’autres enfants de son âge, des mises en couleurs de planches, et le piège s’est refermée sur elle. Elle aura aussi dit à quel point elle a conscience de la position éloignée de sa mère, cette ado de 44 ans qui va partir dans deux jours pour un voyage offert dans le cadre de son travail.
Alors moi, je fais quoi avec tout ce que j’ai pu lui dire et faire en tant que père ? Je laisse mûrir ? Je la laisse choir ? Non, je ne l’ai jamais pu. Il me faut comprendre, sur des années, qu’elle doit se chercher et se trouver, car mes conseils n’allaient que dans le sens du Faire, pas dans le sens où j’aurais pu lui imposer une voie, ma Voix. Non, j’étais assez conscient de ça. Je sais qu’elle a sa vie entre ses mains, et que ma position doit être en retrait de son chemin.
Quelques larmes. Elle a des atouts. Doit-elle faire une thérapie comme le préconise la mère de son amie ? Certes, ce ne serait pas inutile, mais encore faut-il que ce soit vraiment utile pour elle MAINTENANT ? Cela transformerait en partie son besoin d’avoir du courage pour Faire en besoin de parler. Je connais les bienfaits de la thérapie. J’ai parcouru ses chemins de traverse. Mais le faire est prioritaire… Agir. Ne plus se laisser aller… Grandir. Sortir. Vivre, malgré le Tout effrayant qui nous entoure, et qu’elle oublie que cette maison n’est pas à garder en y restant incrustée.
Va, vis et deviens. Parait que c’est un bon film.