Au petit matin, le train de banlieue avait démarré dans le brouillard. Le wagon était moins bondé que d’habitude, période de fêtes oblige. J’avais ma place assise, je n’allais pas faire le voyage debout, et même si au vu de ma carrure et des vêtements que je portais, je me sentais à l’étroit entre deux autres personnes de forte corpulence. Mon sac sur le ventre, j’avais extrait mon roman de la poche avant pour en poursuivre la lecture. Un livre dense et sombre écrit par un américain, relatant les pérégrinations d’un jeune homme très pauvre dans des contrées farouches de l’Ouest américain… J’avais pris un direct pour ma gare d’arrivée mais à la gare suivante, très fréquentée, les quais étaient vides de voyageurs en attente. À la place, un long cordon d’hommes en blanc. Tout de suite, je compris qu’ils portaient des combinaisons étanches et des masques à gaz comme j’en avais jamais vu… Ils sont montés dans les wagons, et dans le mien, je ne pus réprimer un pincement au coeur. Alerte bactériologique, me balança mon cerveau. Ceux qui commencèrent à paniquer autour de moi furent vite rassurés par les paroles d’un homme à la voix puissante : Service de la Qualité de l’Air, ceci est un simple exercice… un contrôle de routine. Je n’avais jamais vécu ce genre de contrôle. Certains balayaient l’espace avec leurs bras armés d’un appareil ultra plat… Comme s’ils tentaient de localiser une molécule invisible et indésirable. D’autres nous demandèrent de souffler dans un embout plastique relié à une sacoche à leur ceinture. Ils étaient bien rôdés à l’exercice, car cela était rapide, sans commentaires. Des petites lumières à la signification inconnue pour nous s’affichaient sur les bracelets, me donnant l’impression d’être en train de vivre et non de lire une nouvelle de SF. Plus loin derrière moi, un bruit retentit, un homme toussa. Un masque fut placé sur son visage et il fut embarqué par deux hommes robustes. En l’espace de quelques minutes, ils étaient descendus.
Rien d’alarmant, fit la voix au fond du wagon. Bon voyage et bonne journée.
Le train repartit.
Pour l’instant, c’est une fiction, mais pour combien de temps encore.